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22 May 1859, Edinburgh M.D., Kt, KStJ, D.L., LL.D., Sportsman, Writer, Poet, Politician, Justicer, Spiritualist Crowborough, 7 July 1930

En lisant Sherlock Holmes

From The Arthur Conan Doyle Encyclopedia

En lisant Sherlock Holmes (1908)
Mrs. Pan (Renée Sauer), Virginie (Jane Léo), Mr. Pan (Mr. Liesse)

En lisant Sherlock Holmes (Reading Sherlock Holmes) is a French one-act play written by Dr. A.-René Berton, performed at the Comédie-Royale theater (Paris, France), from 16 november to 26 december 1908. First starred by M. Liesse as M. Pan, an apprentice detective. The short play was the curtain rising in the M. André Meer show including also Georges Feydeau's Feu la mère de Madame, Mr. Redelsperger & Mr. Lattès' Fraisidis and Mr. Gaffieri's Petite babouche.

The play was also performed several times on radio in Paris, on stage in various towns of France between 1908 and 1938, and even illegally performed in Montreal in 1910, and read in Cincinatti in 1913. Also published on book in 1909 and 1923. See Editions.

En lisant Sherlock Holmes is a parody where M. Pan, an employee of the Postes, Télégraphes et Téléphones (P.T.T.) has lost his watch and decides to act as Sherlock Holmes which he admires: he cuts his beard and moustache, smokes pipe, questions his wife and his servant and breaks furnitures in search of the lost watch. He finally finds the watch in his own pocket.

Maurice Leblanc and Gaston Leroux were present at the premiere of the show.

Charles Bert, a journalist of the newspaper Gil Blas, after seeing the dress rehearsal on 15 november, wrote that the Berton's play was a fine and witty parody of Pierre Decourcelle's play. This assertion is probably based on the portrait on the wall of the set, which is Firmin Gémier as Sherlock Holmes who performed, in 1907, the role of the detective in the Decourcelle's play in Théâtre Antoine (Paris, France).



Casts

Programme Salle du Cercle Voltaire (1 february 1925)

Comédie-Royale (Paris, 1908)

Salle du Cercle Voltaire (Bordeaux, 1 february 1925)

Radio Paris P.T.T. (Paris, 1930)

Institution Saint-Martin (Rennes, 1930)


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Performances

Theatre

1908

  • 15 november 1908 : Dress rehearsal at Comédie-Royale (Paris, France)
  • 16 november - 26 december 1908 : Comédie-Royale (Paris, France)

1909

  • 3 july 1909 : Cercle Théâtral (Remiremont, France)

1910

  • Around 24 february 1910 : Théâtre Municipal (Briey, France)
  • 15-21 may 1910 : Théâtre Parisiana (Montréal, Canada) as Sherlock Holmes
  • around 16 september 1910 : Château de Sommant (Sommant, France) hosted by Countess de Saint-Innocent

1913

  • 19 may 1913 : Read by Mrs. Sealey at Mrs. Walker P. Hall's afternoon of French readings (Cincinatti, USA)

1925

  • 1 february 1925 : Salle du Cercle Voltaire (Bordeaux, France) performed by L'Avenir Théatral

1930

  • 19 & 26 october 1930 : Institution Saint-Martin (Rennes, France) performed by the Amicale des anciens élèves de l'école St.-Yves

1938

  • 15 may 1938 : Institution Saint-Martin (Rennes, France) performed by young actors from Rennes


Radio (T.S.F.)

1930

  • 1 june 1930 : Station Paris P.T.T. (8.45pm)

1932

  • 8 march 1932 : Station Paris P.T.T. (8.32pm)
  • 2 july 1932 : Station Tour Eiffel (8.30pm)


Editions

  • En Lisant Sherlock Holmès! (1909, Georges Ondet [FR])
  • in Les Annales Politiques et Littéraires No. 1355 (13 june 1909, in supplement [FR])
  • in Les Belles Chansons de France No. 2 (february 1923, Georges Ondet [FR]) as En lisant Sherlock Holmès!...



Text (Original French version)

A Paris, de nos jours. La scène représente un salon bourgeois. Au mur, le portrait encadré de Sherlock Holmès.

SCENE I

MADAME PAN, MONSIEUR PAN

Au lever du rideau, M. Pan, barbu et moustachu jusqu'aux yeux, vêtu d'une robe de chambre à parements écossais, est assis devant un guéridon. Il est plongé dans la lecture d'un livre. On entend, à la cantonade, une voix de femme qui crie, à trois reprises : « Isidore !... » M. Pan ne bouge pas. La porte du salon s'ouvre brusquement, et Mme Pan apparaît.

MADAME PAN. — Ah çà, Isidore ! tu es donc sourd? Voilà trois fois que je t'appelle !

MONSIEUR PAN, sursautant. — Je te demande pardon, ma petite Jeanne, je n'avais pas entendu... Je lisais.

MADAME PAN. — Quel est donc ce livre dont la lecture t'absorbe au point de ne pas m'entendre quand je t'appelle? (Elle lui prend le livre des mains et regarde le titre. D'un ton furieux.) Encore ce Sherlock Holmès !... Ah ça ! ils n'auront pas bientôt fini, ces Anglais, de nous raser avec les aventures de ce monsieur !...

MONSIEUR PAN, indigné. — Ce monsieur !... Sherlock Holmès est un homme prodigieux..., tu entends, prodigieux !

MADAME PAN, lui jetant le livre. — Après tout, ce n'est qu'un policier !

MONSIEUR PAN. — C'est un homme de génie !... On devrait lui élever une statue...

MADAME PAN. — Une statue !... Mais il n'a jamais existé, cet homme : c'est un mythe !

MONSIEUR PAN, haussant les épaules. — Tu crois que, si Sherlock Holmès n'avait jamais existé, on pourrait donner tant de détails sur lui, sur sa vie intime, sur sa façon de procéder?... C'est lui-même, sois-en sûre, qui écrit ses Mémoires... Seulement, pour signer, il a pris un pseudonyme. (Il lui montre la couverture du livre.) Conan Doyle !... Celui-là, oui, c'est un mythe !

MADAME PAN. — Toutes ces lectures te feront perdre la raison ! Tu ne rêves, maintenant, que vols et assassinats !... Tu vois des criminels partout !... En as-tu fait des histoires à propos de cette cuiller à café que j'avais égarée, l'année dernière... Combien de personnes as-tu accusées de l'avoir volée !

MONSIEUR PAN. — J'ai quand même fini par la retrouver !

MADAME PAN. — Oh ! ce n'était pas bien malin !... ta bonne l'avait serrée, par mégarde, dans l'écrin des cuillers à soupe !

MONSIEUR PAN. — Enfin, je l'ai trouvée !

MADAME PAN. — Je te le répète : toutes ces lectures stupides te rendront fou...

MONSIEUR PAN, venant s'asseoir à côté d'elle. — Vois-tu, ma bonne Jeanne, je te l'ai déjà dit maintes fois : j'ai manqué ma vocation. Au lieu d'entrer dans l'administration des Postes et Télégraphes, j'aurais dû me faire détective... J'en ai l'âme et le tempérament !... Tu ne peux te figurer combien je suis ému en lisant les exploits de cet homme de génie ! (Il montre le portrait.) Il me semble que ce Sherlock Holmès, c'est moi-même... Je me retrouve tout entier en lui... Dans les mêmes circonstances, tout ce qu'il pense je l'aurais pensé..., tout ce qu'il dit je l'aurais dit..., tout ce qu'il fait je l'aurais fait !... (Avec un soupir de regret.) Ah ! si je n'étais pas si vieux !...

MADAME PAN. — Eh bien ?

MONSIEUR PAN. — Je me ferais naturaliser Anglais.

MADAME PAN. — Anglais ?... Pourquoi faire ?

MONSIEUR PAN. — Mais pour être détective !

MADAME PAN. — Si tu as tant que ça la vocation, va demander au préfet de police de te prendre sous ses ordres !

MONSIEUR PAN. — Non... ce ne serait pas la même chose... On ne peut être détective qu'en Angleterre... Oh ! détective, quel rêve !... (Très emballé.) Être la terreur des malfaiteurs et la sécurité des honnêtes gens !... Être celui qui va dans l'ombre, déguisé et masqué !... Être l'homme mystérieux et terrible qui marche sans qu'on l'entende, qui passe sans qu'on le voie !...

MADAME PAN. — C'est un métier où l'on risque de se faire casser la figure...

MONSIEUR PAN. — Le soldat, sur le champ de bataille, ne risque-t-il pas, lui aussi, de se faire tuer ?...

MADAME PAN. — Le soldat meurt pour la patrie !

MONSIEUR PAN. — Le détective meurt pour la justice... C'est aussi glorieux... Oh ! ma bonne Jeanne, je donnerais je ne sais quoi..., dix ans de ma vie !... Je donnerais..., tiens, mon ruban d'officier d'académie..., oui, je donnerais cette décoration dont je suis si fier, pour avoir l'occasion de débrouiller une belle affaire de vol ou d'assassinat... Je préférerai, un assassinat : c'est plus intéressant...

MADAME PAN. — Un assassinat !... Tu en as de gaies !

MONSIEUR PAN. — Oh oui ! un beau crime !... Mais il faudrait que la victime fût une personne de notre entourage, pour que j'aie le droit de m'en occuper... Tiens, par exemple, si j'avais la veine que ta mère soit assassinée...

MADAME PAN, indignée. — Veux-tu bien te taire, monstre !... Ma pauvre maman !

MONSIEUR PAN. — Cela me causerait beaucoup de chagrin que ta mère fût assassinée, car c'est une excellente femme que j'aime beaucoup... Mais ce serait, pour moi, une joie immense, car je me lancerais sur la piste des assassins, je me collerais à leurs pas, dans l'ombre, je les découvrirais dans leurs ténébreux repaires, et je les jetterais, pieds et poings liés, devant les juges !... Oh ! ce serait le plus beau jour de ma vie !

MADAME PAN, ironique. — Oui; mais, en attendant que se produise le beau crime ou le beau vol qui te permette de déployer ta perspicacité de détective, il va bientôt être dix heures : tu vas manquer ton bureau !

MONSIEUR PAN. — Il est à peine neuf heures... (Il fouille dans son gousset.) Tiens, je n'ai pas ma montre !... Ah ! oui, je l'ai laissée sur ma table de nuit. ( Il se replonge dans la lecture de son livre.)

MADAME PAN. — Je te dis qu'il est temps de te préparer.

MONSIEUR PAN, sans lever la téte. — J'ai encore une bonne demi-heure,

MADAME PAN. — Je vais chercher ta montre... Je parie qu'il est au moins dix heures moins le quart !

MONSIEUR PAN. — Ne parie pas, tu perdrais !

MADAME PAN. - Nous allons bien voir ! ( Elle sort.)


SCÈNE II

MONSIEUR PAN, seul.

(Il est absorbé par le livre, qu'il lit en donnant les marques du plus vif intérêt. Soudain, il lève la tête et met la main sur la page qu'il vient de lire.)

MONSIEUR PAN. — Voyons..., que va-t-il faire, Sherlock Holmès ?... Il a trouvé, dans le sable d'une allée, l'empreinte d'un pied humain... C'est sûrement le pied de l'assassin... Moi, j'aurais coulé du plâtre dans cette empreinte, afin d'en avoir un témoignage indestructible... Sherlock Holmès a-t-il eu cette idée ? ( Il tourne la page et lit quelques lignes. Il pousse un cri de joie.) Ça y est !... il a eu la même idée que moi : il a coulé du plâtre !... Ce Sherlock Holmès est vraiment un homme de génie ! ( Il continue à lire.)


SCÈNE III

MONSIEUR PAN, MADAME PAN

MADAME PAN, entrant. — Tu es sûr d'avoir laissé ta montre sur la table de nuit?

MONSIEUR PAN, levant la téte. — Absolument sûr.

MADAME PAN. — Eh bien ! elle n'y est plus.

MONSIEUR PAN, sursautant. — Hein ?

MADAME PAN. — Il m'a été impossible de la trouver... Virginie, qui fait en ce moment la chambre, ne se souvient pas l'avoir vue...

MONSIEUR PAN, le visage illuminé de joie. — Vrai ? Ma montre n'est pas sur la table de nuit ?

MADAME PAN. — Mais puisque je te le dis !

MONSIEUR PAN, portant la main à son coeur. — O Jeanne !... Jeanne !...

MADAME PAN. — Quoi ? Tu es malade ?

MONSIEUR PAN. — Non ! c'est l'émotion..., la joie !...

MADAME PAN. — Ah çà ! mais qu'est-ce qui lui prend ?

MONSIEUR PAN, en proie à une joie fébrile. — Voyons, soyons calme : Sherlock Holmès était toujours calme... ( Il prend sa femme par le bras.) Êcoute, ma bonne : Ce matin, quand je me suis levé, ma montre était sur ma table de nuit ! (Geste de sa femme.) J'en suis sûr ; je suis également certain de ne pas l'avoir prise. Cette montre a disparu : quelqu'un s'en est donc emparé. Or, quand quelqu'un s'empare d'un objet, et que ce quelqu'un n'est pas le propriétaire de cet objet, c'est un vol. Du moment qu'il y a vol, il y a un voleur...

MADAME PAN, ironique. — C'est clair !

MONSIEUR PAN.— Il faut donc découvrir le voleur...

MADAME PAN. Voilà dans quel état d'esprit te mettent tes lectures !... vois tout de suite un vol !...

MONSIEUR PAN, joyeux. — Un vol !... On a commis un vol dans ma maison !... Je vais donc pouvoir exercer toute la sagacité de mon esprit inventif !... Merci, mon Dieu !

MADAME PAN. — Personne n'a volé ta montre !... Elle est égarée... On la trouvera dans quelque coin... Souviens-toi de la cuiller à café !...

MONSIEUR PAN, sans l'écouter, devant te portrait de Sherlock Holmès. — Sherlock Holmès, mon maître, tu seras fier de ton élève !... (Réfléchissant.) Mais, avant de commencer, il faut... ( A sa femme. ) Attends-moi : je reviens. (Il sort.)


SCÈNE IV

MADAME PAN, seule.

MADAME PAN. — Qui aurait volé cette montre ?... Personne !... Elle est égarée... (Elle prend le livre et regarde la couverture. Lisant.) — « Suite des Aventures de Sherlock Holmès » (soixante-quinzième volume). — Et Isidore les a tous lus !... (Elle feuillette quelques pages et lit distraitement des passages. Lisant.) « Il prit l'empreinte du pied avec du plâtre. » (Elle hausse les épaules.) C'est idiot !... Est-ce que tous les pieds ne sont pas pareils !... (Elle continue de lire.)


SCÈNE V

(Entre M. Pan. Il s'est rasé complètement la ligure ; il est coiffé d'une casquette anglaise.)

MONSIEUR PAN, MADAME PAN

MADAME PAN, poussant un cri. — Oh !... Comment ! c'est toi ?

MONSIEUR PAN, à part. — Elle m'a reconnu !

MADAME PAN. — Tu as coupé ta barbe et tes moustaches !... Pourquoi ?

MONSIEUR PAN, montrant le portrait. — Regarde : il est rasé, lui.

MADAME PAN. — Oh ! que tu es laid !

MONSIEUR l'AN, très digne et très froid. — Ce n'est pas sur le visage que l'homme porte sa beauté : c'est là. (Il se frappe le front.)

MADAME PAN. — Mais c'est insensé !... (M. Pan tire de sa poche une courte pipe, la bourre et l'allume.) Comment ! tu vas fumer la pipe, maintenant ?

MONSIEUR PAN. — Sherlock Holmès fumait toujours la pipe quand il travaillait... Je vais travailler.

MADAME PAN. — Mais tu sais bien que la pipe te rend malade !...

MONSIEUR PAN. — Je le sais... Mais il le faut.

MADAME PAN. — Il est fou, complètement fou !...

MONSIEUR PAN. — Voyons, procédons par ordre. Sherlock Holmès procédait toujours par ordre. (Il réfléchit.) Ma montre a été volée : premier facteur.

MADAME PAN, bondissant. — Comment ! tu vas accuser le facteur ?

MONSIEUR PAN, haussant les épaules. — Qui te parle de facteur ?... Le voleur ! voilà l'inconnu qu'il faut dégager dans cette équation ! Voyons... quelles sont les personnes qui out, depuis ce matin, pénétré dans la chambre à coucher ?

MADAME. PAN. — Il n'y a que Virginie et moi.

MONSIEUR PAN. — Bon. C'est donc parmi vous deux qu'il faut chercher l'auteur du larcin. Toi ? (Il réfléchit.) Non, ce n'est pas toi qui as volé la montre... Je t'écarte; il reste l'autre, la bonne : c'est donc elle la voleuse.

MADAME PAN. — Comment ! tu accuses Virginie ?... une brave fille que nous avons à notre service depuis dix ans !... Elle en est incapable !

MONSIEUR PAN. — Ce n'est pas moi qui l'accuse, ce sont les faits ! C'est une roublarde...

MADAME PAN. — Mais, si elle avait voulu voler quelque chose, elle aurait plutôt pris mes boucles d'oreilles en brillants... Elles sont dans un tiroir qui n'est jamais fermé à clé...

MONSIEUR PAN. — Voilà justement où Virginie s'est montrée roublarde. Voler des diamants, c'eût été maladroit, c'est d'un écoulement difficile... Taudis qu'une montre, ça se vend comme du pain.

MADAME PAN. — Je te répète que Virginie est une honnête fille. (M. Pan s'étend tout de son long sur le tapis.) Ah çà ! qu'est-ce que tu fais?

MONSIEUR PAN. — Tu le vois : je me couche par terre... Sherlock Holmès s'étendait toujours sur son tapis pour réfléchir... Je réfléchis.

MADAME PAN, les mains au ciel. — Oh ! la douche, la douche !

MONSIEUR PAN, monologuant. — Où Virginie a-t-elle caché la montre?

MADAME PAN, exaspérée. — Monte dans sa chambre et fouille dans sa malle !

MONSIEUR PAN. — O faible femme !... Virginie est une fine mouche... Elle n'a pas été assez bête pour la cacher dans sa chambre, car elle sait bien que c'est là que j'aurais porté mes premières investigations.

MADAME PAN, trépidant. — Et ton bureau !... Tu vas le rater.

MONSIEUR PAN, fermement. — Je n'irai pas à mon bureau ce matin.

MADAME PAN. — Tu auras une amende !

MONSIEUR PAN, se relevant. — Il s'agit bien d'amende !... Tu ne te rends pas compte de la gravité de la situation ?... Virginie n'est pas sortie de la maison ?

MADAME PAN. — Non. Elle va sortir tout à l'heure pour aller au marché.

MONSIEUR PAN, très énergique. — Il faut lui défendre de sortir !

MADAME PAN. — Et le déjeuner ?

MONSIEUR PAN. — Nous avons des boîtes de conserves.

MADAME PAN. — Il n'y a pas de pain !

MONSIEUR PAN. — Nous mangerons des gâteaux secs.

MADAME PAN. — Des gâteaux secs avec des sardines à l'huile ! Ce sera bon !

MONSIEUR PAN. — Si Virginie a eu l'imprudence de cacher la montre sur elle..., je la tiens !

MADAME PAN, ironique. — Vraiment !

MONSIEUR PAN. — Oui, je la tiens. Ma montre, tu le sais, est à répétition. Or (les criminels ne pensent pas à tout), Virginie n'aura sûrement pas fait attention que l'aiguille de la sonnerie est arrêtée sur dix heures... Tu comprends ?... A dix heures, ma montre sonnera... et alors...

MADAME PAN. — Et si elle a arrêté le mouvement?

MONSIEUR PAN, interloqué. — Si elle a arrêté le... ( Il se frappe le front.) J'ai un moyen de la faire sonner quand même. Fais venir Virginie : je vais l'interroger...

MADAME PAN. — Tu vas lui faire de la peine, car, sûrement, elle n'est pas coupable...

MONSIEUR PAN. — Nous verrons bien.

MADAME PAN, outrée. — Dans ce cas, tu me permettras de ne pas assister à cet interrogatoire !... ( Elle sort furieuse.)


SCÈNE VI

MONSIEUR PAN, VIRGINIE

(M. Pan, les bras croisés, les sourcils froncés, est plongé dans un abîme de réflexions. Virginie entre. Au bruit que fait la porte en s'ouvrant; il tressaille : son oeil inquisiteur se fixe sur Virginie et ne la quitte plus.)

VIRGINIE. — Monsieur veut me parler?... Oh !... Monsieur s'est rasé !... Oh ! que Monsieur est laid !

MONSIEUR PAN. — Ce n'est pas pour vous demander une appréciation sur mon physique que je vous ai fait demander... Avancez.

VIRGINIE. — Monsieur était si bien avant, avec sa barbe !

MONSIEUR PAN. — C'est bon ! c'est bon ! Avancez ! (Virginie s'approche, en se retenant pour ne pas pouffer de la tête de son maître. Celui-ci la regarde fixement ; à part : « Elle est troublée ! » Il tourne autour d'elle, l'oreille aux aguets. Soudain, il la saisit par les épaules et la secoue fortement.)

VIRGINIE. — Hé là! hé là !... Qu'est-ce qui vous prend ?

MONSIEUR PAN. — Chut !... Taisez-vous ! (Il écoute et la secoue encore.)

VIRGINIE. — Mais vous allez me donner mal à l'estomac !

MONSIEUR PAN, à part. — Je n'entends rien : elle a détraqué le mouvement ! (Il lâche Virginie, qui tombe anéantie sur le canapé.)

VIRGINIE. — C'est pour me secouer comme un prunier que vous m'avez fait venir ?

MONSIEUR PAN. — Non, Virginie ! (Il l'étudie à part.) Dans les cheveux, peut-être !... (Haut.) Vous avez de beaux cheveux, Virginie...

VIRGINIE, flattée. — Monsieur trouve?...

MONSIEUR PAN, s'approchant. — Ils sont tous à vous?

VIRGINIE. — Bien sûr !... Je n'ai pas les moyens de me payer des chichis, comme Madame...

MONSIEUR PAN, fouillant dans ses cheveux. — C'est vrai... Ils ne sont pas faux... (A part.) Pas de montre !...

VIRGINIE, réparant le désordre de sa coiffure. — En voilà une idée de me dépeigner !...

MONSIEUR, PAN l'examine toujours en silence. Son oeil se fixe sur ses chaussures: il se frappe le front. D'une voix brève. — Marchez !

VIRGLNIE. — Quoi ?

MONSIEUR PAN. — Oui, marchez !... Faites quelques pas...

VIRGINIE. — Voilà. (Elle va à l'autre bout de la Pièce. Elle boite un peu.)

MONSIEUR PAN, joyeux, à part. — C'est bien ça! (Haut.) Vous avez quelque chose qui paraît vous gêner dans votre soulier gauche.

VIRGINIE. — Oh ! oui, monsieur ! J'ai un oignon qui me fait un mal quand je marche !...

MONSIEUR PAN. — Un oignon ! (A part.) C'est ainsi que les gens du peuple appelent une montre... Elle a du toupet !... (Haut.) Asseyez-vous, Virginie. (Il lui avance une chaise. Virginie, ahurie, s'assied.)

MONSIEUR PAN, se mettant à genoux devant elle. — Vous avez de jolis pieds, Virginie... surtout le gauche.

VIRGINIE, regardant ses pieds. — Ils sont tous les deux pareils !

MONSIEUR PAN, tâtant ses chaussures. — C'est un cordonnier qui vous a fait vos chaussures?...

VIRGINIE. — Bien sûr... C'est pas un charcutier !...

MONSIEUR PAN. — Je veux dire : c'est un bon cordonnier...

VIRGINIE. — Pour cinquante francs cinquante, Monsieur peut avoir une paire de souliers pareils.

MONSIEUR PAN. - Le cuir a l'air souple... (Il défait rapidement le lacet et enlève le soulier, qu'il secoue.)

VIRGINIE. — Ah cà ! mais qu'est-ce que vous faites ?

MONSIEUR PAN. — Rien ! rien ! (Il jette le soulier à l'autre bout de la pièce.)

VIRGINIE, courant après son soulier. — Ça y est, il est fou !

MONSIEUR PAN, à part. — Où diable l'a-t-elle cachée ?... (Il réfléchit en examinant Virginie. Il s'approche d'elle.) Voyons, il faut en finir !...

VIRGINIE, à part. — Qu'est-ce qu'il va me faire encore ?

MONSIEUR PAN, brusquement. — Virginie, où l'avez-vous cachée ?

VIRGINIE. — Quoi ?

MONSIEUR PAN. — Ma montre ?

VIRGINIE. — La montre que Madame cherchait tout à l'heure ?

MONSIEUR PAN. — Oui. Où est-elle ?

VIRGINIE. — Je n'en sais rien !

MONSIEUR PAN, menaçant. — C'est vous qui l'avez prise.

VIRGINIE. — Moi ? Oh ! par exemple !... Je ne suis pas une voleuse !...

MONSIEUR PAN. — Vous niez l'avoir dérobée ?

VIRGINIE. — Bien sûr, je nie !

MONSIEUR PAN, triomphant. — Naturellement !... je m'attendais à ces dénégations. Les criminels commencent toujours par nier... C'est la règle absolue : Sherlock Holmès l'a dit.

VIRGINIE, hors d'elle-même. — Je ne sais pas ce que vous a dit ce... ce « loufoque en laisse »... Mais, ce qu'il y a de sûr, c'est que je n'ai pas votre montre !... Moi, une voleuse ! Ah ! par exemple... Ça ne se passera pas comme ça ! (Elle sort, furieuse, en faisant claquer la porte.)


SCÈNE VII

MONSIEUR PAN, puis MADAME PAN

MONSIEUR PAN, devant le portrait. — Elle t'a appelé « loufoque en laisse » !... Pardon !

MADAME PAN, entrant. — Eh bien ! tu es content ? Cette malheureuse Virginie pleure toutes les larmes de son corps, à la pensée que tu l'accuses d'avoir volé ta montre.

MONSIEUR PAN, joyeux. — Ah ! elle pleure !... C'est parfait : c'est le second signe... Les malfaiteurs, surtout les femmes, commencent par nier, puis ils pleurent... C'est bien elle !

MADAME PAN. — Tu sais qu'elle m'a rendu son tablier !

MONSIEUR PAN, d'un air entendu. — Elle n'est pas encore partie !

MADAME PAN. — Tu l'as fouillée ?

MONSIEUR PAN. — Elle n'a pas la montre sur elle... Elle l'a cachée quelque part... Mais où ?...

MADAME PAN. — Oh ! encore !...

MONSIEUR PAN. — Qu'est-ce que Virginie a fait, ce matin ?

MADAME PAN. — Ce qu'elle fait tous les matins : elle a fait la chambre, puis elle a épousseté le salon...

MONSIEUR PAN. — Le salon ?... Elle est entrée ici ?... Parbleu, c'est ici qu'elle l'a cachée !... Nous venons rarement dans cette pièce... Décidément, elle est très forte !... Ah ! je la trouverai, ma montre !...

MADAME PAN, trépidant. — Eh bien ! cherche !... Moi, j'aime mieux m'en aller !... Tu me donnerais une crise de nerfs !... ( Elle sort.)


SCÈNE VIII

MONSIEUR PAN, seul.

(Il inspecte la pièce avec attention.)

Où peut-elle l'avoir cachée?... C'est le moment de déployer toute ma perspicacité... (Il regarde sur la cheminée, retourne la pendule, déplace les bibelots, soulève les potiches, décroche les tableaux... Il ne trouve rien. Il s'arrête, et réfléchit.) Sherlock Holmès a découvert, un jour, une liasse de lettres que des malfaiteurs avaient cachée dans un fauteuil !... La mâtine a peut-être caché la montre dans un meuble !... (Il tâte tous les sièges... Il prend un fauteuil, le secoue fortement et y colle son oreille.) Il me semble que je l'entends battre !... Nous allons bien voir !... (Il prend son canif, éventre le fauteuil et en arrache tout le crin.) Il n'y a rien : c'est un ressort qui a vibré !... (Il regarde autour de lui.) Dans le canapé, peut-être !... (Il éventre le canapé.) Rien !... Je crois que ce n'est pas dans un meuble qu'elle l'a cachée. (Il se gratte la tête, très perplexe. Entre Mme Pan.)


SCÈNE IX

MADAME PAN, MONSIEUR PAN

MADAME PAN. — Eh bien ! tu l'as trouvée?... (Elle aperçoit, soudain, le désordre du salon et pousse un cri.) Dans quel état as-tu mis le salon !... Mais il faut te faire enfermer !...

MONSIEUR PAN, un peu penaud. — J'ai employé, pour mes recherches, la méthode habituelle de Sherlock Holmès...

MADAME PAN, hors d'elle-même. — Ah ! tu commences à m'embêter avec ton Sherlock Holmès !... Je savais bien qu'il finirait par te faire perdre la raison !... Mes pauvre meubles !... Si, encore, tu t'étais contenté de découdre l'étoffe !... Mais tu as tout coupé !... Voilà un mobilier perdu ! (Soudain, on entend une faible sonnerie.)

MADAME PAN. — Ta montre !... Mais c'est ta montre qui sonne !

MONSIEUR PAN, triomphant. — Tu vois bien que j'avais raison !... Elle est ici, dans cette pièce !...

MADAME PAN. — Mais le bruit de la sonnerie semblait venir de ton côté... (Poussant un cri.) Je parie que tu l'as dans ta poche !...

MONSIEUR PAN, interloqué. — Tu crois?...

MADAME PAN. — Cherche !... Fouille-toi !

MONSIEUR PAN. — C'est impossible... J'ai déjà fouillé... (Il tâte ses poches en tremblant... Soudain, sa main s'immobilise, et il sort la montre de son gilet.) Oui, c'est elle !...

MADAME PAN. — Tu vois !... C'était bien la peine...

MONSIEUR PAN, éclatant. — Ah non ! non !... Cette Virginie est vraiment très forte !...

MADAME PAN. — Quoi?

MONSIEUR PAN. — Elle l'avait cachée dans ma poche ! (Abasourdie par une telle affirmation, Mme Pan lève les bras au ciel avec un geste éploré semblant dire que son mari a perdu la tête.)

RIDEAU





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