La Mystérieuse affaire de Pig-Street

From The Arthur Conan Doyle Encyclopedia

La Mystérieuse affaire de Pig-Street (The Mysterious Case of Pig-Street) is a Sherlock Holmes pastiche written by Pierre Mac Orlan published in Le Rire (No. 413) on 31 december 1910.


La Mystérieuse affaire de Pig-Street

La Mystérieuse affaire de Pig-Street (Le Rire, 31 december 1910, p. 6)

(A la façon de Conan Doyle.)

Ce jour-là, j'étais assis à mon bureau de Scotland Yard, dont je suis, vous savez, un des détectives les plus éclairés et lumineux à la fois, quand un policeman introduisit un individu entre plusieurs âges, du genre gros joufflu et vêtu avec une certaine recherche. « Sir, me dit cet homme, je viens d'être l'innocente victime d'un épouvantable assassinat. Un homme, poussé par je ne sais quel sordide et damné instinct crapuleux, m'a tiré cinq balles de revolver à bout portant ! » Puis il tomba sur une chaise et s'endormit instantanément d'un profond sommeil.

Il n'y avait pas à en douter, je me trouvais en présence d'un crime abominable et mystérieux. Je me rendis immédiatement en cab sur les lieux du crime. Ayant pénétré dans l'appartement, je remarquai que tout était en ordre et ceci me permit de réunir des indices capables de me mettre sur la piste du coupable (car j'étais sûr qu'il n'y avait qu'un coupable, la porte du logement n'étant pas assez grande pour laisser passer deux hommes à la fois).

Tout d'abord j'appris que la victime s'appelait Thomas Popleed. Thomas Popleed était comptable de son métier, c'était un homme intempérant, mais coquet et soigneux. Des indiscrétions m'apprirent que sa coquetterie était telle, qu'il se pliait chaque soir soigneusement sur le dos d'une chaise au lieu de se coucher en désordre.

J'appris également qu'il vivait seul avec un animal qu'il adorait : c'était un escargot angora du Honduras, qu'il enfermait dans une cage à serins sur une couche de sel gris...

Avec tous ces documents et surtout grâce à cet instinct du détective qui est comme une constante révélation du Seigneur, ma conviction ne tarda pas à s'affirmer, je tenais le coupable.

En rentrant au bureau, mon premier soin fut de faire arrêter Tom Popleed qui protesta en hurlant par tous les fils du diable qu'il était un fils de famille.

Sur ce, sans m'émouvoir, je procédai à l'interrogatoire de celui que je croyais l'assassin.

La victime, c'est-à-dire Tom Popleed, maintenait sa plainte en manifestant une arrogance joyeuse. Quand je lui dis que je con-naissais l'aàsassin, il se tapa sur les cuisses d'un air goguenard et se contenta de répondre : « Ah ! ah ! »

Le fixant dans les yeux, je lui criai en pleine face : « Tom Popleed, vous vous plaignez d'avoir été assassiné, c'est bien ; à l'heure actuelle on connaît l'assassin... c'est vous ! »

Alors, Sir, Tom Popleed devint pâle comme un cadavre et il s'endormit de nouveau.

Le lendemain il fit des aveux, voici ce qui s'était passé : Tom Popleed s'était juré à lui-même de ne pas dépenser dans la, noce l'argent qu'il avait économisé en prévision de la vieillesse. Mourant de soif par suite du manque d'argent et trop loyal pour ne pas tenir sa parole, il n'hésita pas, pour satisfaire ses bas instincts, à plonger ses mains dans le sang d'un crime.

Rien ne fut laissé au hasard, il s'observa avec soin et résolut de s'assassiner afin de se voler ensuite et par ainsi dépenser sans scrupules l'argent de ses économies.

Il acheta un revolver et guetta avec une patience inouïe le moment propice de commettre son horrible forfait. Un jour qu'il se regardait dans la glace, il saisit l'occasion par les cheveux et, comme il se voyait de dos, il se visa lâchement entre les deux épaules... Tom Popleed poussa un grand cri et la glace s'écroula en mille morceaux... On sait le reste, comment victime d'un crime dont lui-même était l'auteur, il vint déposer sa plainte à mon bureau.

Tom Popleed fut condamné, conclut Bob Boulmulay en haussant les épaules, il fut, condamné avec les circonstances atténuantes et pour cette même raison qu'il avait été son assassin, il dut se verser une amende de 25.000 livres, qu'il paya de sa poche bien entendu, ce qui lui permit de continuer à vivre confortablement grâce aux 250 livres qu'il s'octroyait mensuellement, sans préjudice de ses 5 ans de hard labour qu'il tira de bout en bout comme un gredin qu'il était, c'est-à-dire comme vous et moi.


Pierre Mac Orlan.